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Ahmed Akkache : un militant d'exception (10 novembre 1926 - 8 octobre 2010 )احمد عكاش: مناضل استثنائي

Ahmed Akkache : un militant d'exception (10 novembre 1926 - 8 octobre 2010 )احمد عكاش: مناضل استثنائي

Ce blog se veut un hommage reconnaissant pour un révolutionnaire algérien exceptionnel que fut si Ahmed. Bonne lecture.

La révolte des saints : «Ce mouvement que la jeunesse algérienne gagnerait à mieux connaître» 2006 édition casbah Publié dans Le Soir d'Algérie le 01 - 11 - 2007

La révolte des saints, Casbah édition 2006
La révolte des saints, Casbah édition 2006

-Le Soir d'Algérie : Qui sont ces circoncellions qui prirent eux-mêmes le nom de saints ?

Ahmed Akkache : Ce sont en général des paysans libres dépouillés de leurs terres par la colonisation romaine et transformés en ouvriers agricoles ou en esclaves. Bien entendu, ils se battaient pour récupérer leurs biens et briser leurs chaînes. Ce qui leur a permis de rassembler autour d'eux tous les mécontents et les victimes de l'occupation, suscitant ainsi un immense mouvement social auquel on peut donner le nom de «Révolte des saints» ou «des justes» par référence aux noms que prenaient les premiers groupes d'insurgés pour se différencier de la sauvagerie romaine.
Ce mouvement extraordinaire n'est en fait qu'un des maillons de cette longue et riche chaîne historique que Kateb Yacine a appelée «la Guerre de 2000 ans», et que la jeunesse algérienne gagnerait à mieux connaître.

-Nombre d'historiens réduisent les circoncellions à une bande de pillards. Pour votre part, vous appréhendez la révolte sous le prisme de la lutte des classes. Quels sont vos arguments ?

Les luttes de classes sont une réalité historique. Elles existent et existeront tant qu'il y aura des exploités et des exploiteurs, les uns s'efforçant d'asservir les autres pour leur extorquer la plus grande partie possible des fruits de leur travail. A l'époque romaine, le mode de production dominant était l'esclavage. Deux classes fondamentales étaient en présence : les maîtres, qui possèdent les moyens de production (terres, troupeaux,..) et les esclaves. Entre les deux, des couches sociales intermédiaires : religieux, soldats et miliciens, marchands, artisans, petits cultivateurs libres.. etc.

C'est la crise de l'Empire romain, au début du IVe siècle, qui a fait pencher ces couches intermédiaires écrasées par les impôts et les dettes en direction des esclaves révoltés, donnant ainsi à la lutte le caractère d'un grand mouvement de toutes les couches sociales contre la classe des maîtres, qu'il fallait détruire.

Quand ils attaquent les fermes, les premiers groupes d'insurgés prennent des sacs de blé et du bétail pour leur nourriture. Mais ils prennent aussi et brûlent les titres de propriété des esclaves et les reconnaissances de dettes. Il ne s'agit donc pas de simples émeutes de la faim ou de pillage mais de luttes pour la transformation des rapports sociaux existants. Ce qui s'est confirmé par la suite lorsque les révoltés sont parvenus à définir un programme comportant : réforme agraire, redistribution des terres, abolition de l'esclavage, annulation des dettes, etc. C'était une véritable révolution sociale.

-Vous faites le parallèle entre la Révolte des saints et la guerre de Libération.
Quels en sont les points communs et en quoi diffèr
ent-elles ?

Dans les deux cas il s'agit de guerres fondamentalement paysannes. Dans les deux cas, la lutte pour la liberté et la récupération des terres se confond avec la destruction du joug colonial. Enfin dans les deux cas la lutte armée a abouti à une accélération de la prise de conscience sociale et à des transformations politiques et économiques considérables dans le sens du progrès. Mais les changements et les acquis sociaux obtenus par les luttes populaires ne sont jamais définitifs. Ils peuvent être consolidés et enrichis ou au contraire annulés et remis en cause. Comme c'est le cas aujourd'hui en Algérie.

Les différences entre les deux périodes tiennent aux conditions historiques, aux rapports de force, à l'évolution de la société et de son environnement international qui ne sont pas du tout les mêmes. Disons pour simplifier que les luttes d'hier exigeaient du courage et du patriotisme. Celles d'aujourd'hui demandent aussi du patriotisme et du courage. Mais elles exigent en plus beaucoup de savoir et de connaissances, beaucoup de travail, beaucoup d'intégrité, et beaucoup de conviction démocratique.

-Vous démystifiez l'icône saint Augustin au moment même où en Europe, en Tunisie et en Algérie, il est une seconde fois sanctifié. Pourquoi ce regain d'intérêt ?

Peut-être parce que l'Europe (qui garde aujourd'hui encore les empreintes profondes de son passé colonial) pense-t-elle que saint Augustin est le symbole de ce que devraient être les relations entre les pays occidentaux et les «bons indigènes» de leurs anciennes colonies ? Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que l'idéologie actuelle de la mondialisation, qui vise à détruire les Etats nationaux et les grands acquis sociaux du siècle dernier, encourage le renoncement, la soumission, la croyance dans le caractère inéluctable de la domination du grand capital international, présentée parfois comme une expression de la volonté divine.

Or, saint Augustin - contrairement à d'autres grands chefs chrétiens comme Cyprien ou Donat - a toujours prôné le respect des autorités en place. Il disait à ses fidèles : «Dieu n'a pas créé les esclaves pour être libres mais pour être bons», c'est-à-dire pour travailler sans se plaindre, respecter leurs maîtres, dénoncer les agitateurs et les rebelles. Il ne s'agit plus ici de religion mais de pressions politiques au service d'intérêts évidents.

-Quelle image, selon vous, doit-on conserver de ce personnage ?

Celle d'un grand penseur de dimension universelle, qui est né en Algérie, mais qui a eu à l'égard de ses compatriotes combattant l'impérialisme romain une attitude exécrable.
En quoi les tribus ont-elles joué un rôle progressiste sur le plan historique en Algérie?
Ce sont elles qui - en l'absence d'un Etat central organisé - ont lutté les armes à la main contre les nombreuses invasions étrangères subies par le pays. Ce sont elles aussi qui ont maintenu au long des siècles les vieilles traditions communautaires de solidarité, d'égalité, ainsi que la propriété collective des terres.

-Peut-on, à propos de cette période, parler des prémices de la nation algérienne ?

Absolument. Ce sont les luttes et les sacrifices communs qui créent les conditions nécessaires à l'émergence historique des nations. Dans le cas de l'Algérie, une mention spéciale devrait cependant être accordée à l'oeuvre immense de Massinissa, ce personnage hors du commun qui, deux siècles avant J-C jetait déjà les bases d'un Etat et préparait le berceau de la nation.

# Propos recueillis par Meriem Nour

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