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Ahmed Akkache : un militant d'exception (10 novembre 1926 - 8 octobre 2010 )احمد عكاش: مناضل استثنائي

Ahmed Akkache : un militant d'exception (10 novembre 1926 - 8 octobre 2010 )احمد عكاش: مناضل استثنائي

Ce blog se veut un hommage reconnaissant pour un révolutionnaire algérien exceptionnel que fut si Ahmed. Bonne lecture.

Postface du livre « Les guerres paysannes de Numidie » par Mohamed Walid Grine avec le PDF en ci-joint

La lecture de « les guerres paysannes de Numidie » nous apprend que la résistance à la domination étrangère, menée par des paysans est une constante, voire une tradition, dans notre histoire nationale. Cette résistance remonte à des siècles, au temps des impérialismes carthaginois et romain et elle s’est toujours basée sur trois revendications sociales et politiques fondamentales : la liberté, c'est-à-dire l’indépendance territoriale, la lutte contre l’exploitation de l’homme par l’homme, et la récupération puis la redistribution des terres agricoles. Ce sont là les revendications d’une société égalitaire, solidaire. Notre guerre de libération nationale contre le colonialisme a elle aussi porté ces trois revendications. Est-ce un hasard ? Aucunement. Notre guerre de libération nationale a également été menée essentiellement par des soldats issus d’un milieu rural, issus de la paysannerie dépossédée de ses terres par le colonialisme français. Nos moudjahidines étaient des ruraux dans leur écrasante majorité, et les populations qui ont soutenu l’effort de la lutte étaient en grande partie celles des villages, des dechras, des douars. En cela Ahmed Akkache nous offre dans son livre une leçon magistrale en philosophie de l’histoire.

On observe dans « les guerres paysannes de Numidie » que Akkache a œuvré, preuves à l’appui et avec la rigueur de l’historien, que notre Algérie a une histoire millénaire, qu’elle existait déjà dans l’antiquité,  en tant qu’entité géographique et politique, que ce n’est pas une création moderne du colonialisme français. Preuve en est l’état numide édifié par Massinissa , en unifiant les tribus sous son autorité, en distribuant des terres aux tribus nomades pour qu’elles se sédentarisent, en créant une monnaie et une architecture propre (le Medghacen dans la wilaya de Batna en est un magnifique témoignage), en développant le commerce et les travaux d’irrigation, l’agriculture, en constituant une armée. C’est dire que la Numidie est l’ancêtre de notre Algérie actuelle. C’est la première patrie.

L’auteur de ce livre nous expose également la réalité, l’enfer de la colonisation romaine de notre pays, dans l’antiquité. Il nous parle par exemple des expropriations des terres déjà cultivées des tribus sédentaires, dans les plaines et les hauts plateaux ; il nous parle des latifundia, ces immenses domaines particuliers de l’empereur romain, où nos ancêtres étaient réduits en esclavage et servaient une minorité de maîtres romains ou d’amazighs romanisés et donc collaborationnistes.

Par ailleurs, Akkache s’est attelé dans cet ouvrage à détruire deux mythes : le premier  est celui de la « prospère » Algérie romaine et des « magnifiques vestiges » que la « sublime » civilisation romaine nous a « légués ». à cet égard, l’auteur écrit dans le chapitre « la résistance des premiers siècles, page 19 : c’est l’époque de la grande prospérité romaine, de l’essor économique, des cités grandioses, des villas mangnifiques, des palais,(…), du luxe insolent des riches et, par contrecoup, de la misère atroce des pauvres. Les magnifiques vestiges archéologiques qu’on trouve aujourd’hui encore à Timgad, Djémila, Tébessa ou Cherchell, ne doivent pas faire oublier que cette belle civilisation n’a pu en définitive s’édifier que « sur les ossements de générations d’esclaves » et pour le seul profit d’une minorité. ‘’ . De plus, nos ancêtres n’ont jamais accepté la colonisation romaine ; la preuve en est les quatre siècles de soulèvements et de révoltes populaires menées par des chefs patriotes tels que Tacfarinas, Faraxen ou Gildon.

 Le deuxième mythe que détruit Akkache est celui de la « sainteté », de « l’algérianité » de l’évêque Augustin, que des cercles locaux constitués d’aliénés identitaires nourris à l’histoire écrite jadis par les envahisseurs (à savoir les romains ou les français) veulent, aujourd’hui encore, « l’algérianiser ». En effet, on voit bien, dans le chapitre dédié à la résistance des circoncellions, que l’évêque Augustin collabora honteusement avec les autorités d’occupation romaine et condamna la résistance de nos ancêtres et leur lutte pour mettre fin à l’esclavagisme romain. Ahmed Akkache parle en détail de la révolte des circoncellions et de la collaboration de l’évêque Augustin dans son livre « La révolte des Saints » (Casbah éditions, 2006), avec une préface remarquable de Mohamed Bouhamidi, professeur de philosophie.

J’ai découvert Ahmed Akkache quand j’ai lu son livre « Tacfarinas », édité en 1968 (SNED), que j’ai trouvé chez Âmmi Boussaâd, bouquiniste à la Rue Didouche Mourad.  J’ai tout de suite été accroché par le style de l’auteur et la force, la passion pour l’histoire nationale et l’esprit patriotique qui se dégagent déjà des trois premières lignes du livre. En voici deux extraits :

« Et voilà pourtant que les africains ne tremblaient pas. Du golfe des Syrtes aux lointaines colonnes d’Hercule, des riches cités littorales aux bourgades les plus reculées du limes, nulle part les Romains et leurs auxiliaires n’étaient en sécurité. Nuit et jour il leur fallait affronter les attaques incessantes  de groupes de partisans dirigé par un Numide farouche, devenu la terreur des légions. »

« Partout où ils allaient (Tacfarinas et ses hommes) le peuple les accueillait en libérateurs, les paysans leur ouvraient les portes des maisons, les femmes leur donnaient à manger ce qu’elles avaient de meilleur. Certes les Romains et leurs amis les traitaient d’aventuriers, de bandits, de coupeurs de routes. Ils offraient des récompenses fabuleuses à qui les livrerait. Mais le peuple, lui, les considérait comme des héros. »

On croirait lire la description de nos moudjahidines pendant notre guerre de libération nationale. Mais c’est parce que Tacfarinas et ses hommes, et tous ceux qui se sont révoltés contre le colonialisme romain, étaient des moudjahidines de l’antiquité. 

Ecrit par : Mohamed Walid Grine, nouvelliste algérien et professeur de traduction français-arabe (Institut de traduction, université d’Alger 2) 

Les Guerres paysannes de Numidie (Essai historique), SNED, Alger, 1973.

Les Guerres paysannes de Numidie (Essai historique), SNED, Alger, 1973.

Les Guerres paysannes de Numidie (Essai historique), SNED, Alger, 1973. ( Le livre est épuisé mais a été retranscrit en exclusivité dans ce blog)

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