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Ahmed Akkache : un militant d'exception (10 novembre 1926 - 8 octobre 2010 )احمد عكاش: مناضل استثنائي

Ahmed Akkache : un militant d'exception (10 novembre 1926 - 8 octobre 2010 )احمد عكاش: مناضل استثنائي

Ce blog se veut un hommage reconnaissant pour un révolutionnaire algérien exceptionnel que fut si Ahmed. Bonne lecture.

Note de lecture Tacfarinas  Mohamed Bouhamidi, ci-joint Tacfarinas en PDF

Par le fils spirituel

 

En 1968, la SNED, maison d’édition de l’Etat Algérien publie Tacfarinas, récit historique sur une des phases insurrectionnelles des Numides contre la présence, la colonisation et l’exploitation romaines. Son auteur, Ahmed Akkache, appuie son récit sur trame qui sacrifie aux normes essentielles de l’essai par l’insertion des citations et des sources. Nous touchons quasiment dans cette démarche l’intention de Akkache de faire plus que relater des faits et un contexte. Il entendait donner, à ses lecteurs, des armes, des preuves, des références, comme si son récit pouvait et allait être discuté, réfuté, contesté…

La possibilité du débat et de la controverse en était inscrite dans le récit lui-même, le combat d’idées précédant, accompagnant et concluant au profit du vainqueur, le combat tout court, le combat au sol, sur le terrain de la politique ou de la guerre. 

Mais Ahmed Akkache ne tenait pas, non plus au vu des caractéristiques du texte et du style, à rédiger un traité du débat idéologique, destiné à des vétérans ou à des cercles d’études. Le texte est écrit pour captiver et retenir l’attention, pour mettre en évidence les développements dramatiques, qui dérouleront périodes de victoires et de défaites, péripéties heureuses ou adverses du combat, en cherchant toujours  un effet visuel. On voit littéralement les mains de Tacfarinas broyer la motte de terre, ou mener la reconnaissance du Saltus Cathala, ou combattre à mort sur les forêts environnantes d’Auzia comme on voit littéralement la rage ou la peur du proconsul Blésus.

Nous avons l’impression de lire une forme développée d’un scénario pour film ou pour bandes dessinées. Akkache a tenu à écrire un texte  qui n’ennuie pas comme commençait à le devenir le récit global de notre de libération, récit d’un combat et de combattants lisses, sans aspérités, ni contradictions, ni confrontés aux difficultés et aux doutes.

Le récit Tacfarinas nous offre le tableau d’hommes vivants, sensibles, luttant contre leurs abattements et leurs erreurs.

Sans quoi, d’ailleurs l’épopée est impossible.

On pourrait résumer en affirmant que ce livre de Akkache pourrait figurer au hit-parade des publication ou des livres pour la jeunesse tant il es attrayant.

Et sur Facebook, Hamid Harhar, un cinéaste, donc un professionnel de la visualisation, de l’image et du récit a laissé ce commentaire :

Hamid Harhar

17 novembre, 01:40

 C'est merveilleux, j'ai entamé la lecture et c’est envoûtant.

 

Captiver était un enjeu pour Akkache, retenir l’attention, autant qu’intéresser au contexte global de l’époque, à l’habillage idéologique que les vainqueurs ont mis sur les faits et les réalités et la domination de leur version née de leur domination de la langue, de l’écriture, de la rhétorique, de la « fabrication » du sens, bref de leur domination tout court.

Akkache avait à émouvoir et à faire réfléchir.  A enseigner aussi. Enseigner que les occupations coloniales, invariablement, cherchaient, et chercheront, à établir par une violence sans fin et sans frein, un ordre du vol et de la spoliation des terres, des ressources, des richesses déjà produites et accumulées par les peuples agressés. Et par la même méthode de la violence sans frein et sans fin, obtenir leur soumission totale, par la terreur de la mort, le spectacle des supplices, la menace de la douleur.

 

Etait-il humain de crucifier des hommes, de les clouer à travers leurs os et leurs ligaments à du bois ? Et comment dans cette narration des vainqueurs cette torture insupportable, cette agonie interminable, ces râles exténués des corps devenus  une seule et totale douleur insoutenable pouvait être contournés  au seul profit de la vertu civilisatrice du colon ?

La torture, les crevettes de Massu, le napalm sur les villages, les camps de regroupement, les camps de concentration, les corvées de bois, les corps de nos combattants exposés au public pour faire peur, pour terroriser, étaient-ils différents de la crucifixion ou juste une des variantes possible de la haine, de la peur des révoltés. Une des variantes possibles de la terreur exercée par les colons et les armées de l’Empire comme la politique de la terre brûlée ?

Quelle différence entre les troupes de Cornélius Dolabella qui   : « avançaient rapidement, détruisant tout sur leur passage. Des tribus de la région ayant protesté contre les déprédations que subissaient leurs récoltes, Dolabella les fit punir sans pitié, décidant l’exécution immédiate de tous leurs chefs sous prétexte de complot et de rébellion. »

Et les grandes opérations  françaises de destruction de notre économie paysanne, d’incendie de nos forêts, de calcination de nos douars, de regroupement forcé de nos montagnards et paysans ?

Mais plus que tout, la torture, exercer cette souffrance sur un homme isolé de ses frères de combat et l’exercer pour l’amener à ce point de dissolution dans la douleur. La torture a été la forme française de la crucifixion.

De Rome à Paris, les formes cachent à peine les analogies, les identités profondes de mécanismes de domination et de répression, la similitude  des manœuvres de division et des ruses, etc.

Et pourquoi dans cette narration, tout ce sur quoi se sont bâties ces « missions civilisatrices », le meurtre, le sang, la douleur, la négation de notre humanité, disparaît au profit d’une  version  militaire qui exclue le peuple comme protagoniste   essentiel et principale victime de l’acte colonial ?

 

Et comment cette narration a-t-elle pu pénétrer la tête des victimes pour qu’elles retournent contre leurs congénères et que les luttes d’émancipation finissent par passer pour des actes de folie, d’impatience, d’immaturité.  

Déjà en 1968, les cercles dominants, préparaient une version de notre guerre comme affrontement entre des bandes rebelles organisées et l’armée française, version qui faisait de notre peuple, non le protagoniste essentiel, mais l’enjeu et la victime de cette lutte qui lui était imposée de part et d’autre.

Nous sommes aujourd’hui dans une forme développée de cette thèse qui présente carrément l’ALN comme une organisation terroriste, la colonisation comme un projet de fraternité et une société de rêve, et notre présent comme une expiation de la faute « 1er novembre ».

Est-ce vraiment nouveau que les vainqueurs comme les Romains face à Tacfarinas ou les vaincus comme les cercles coloniaux français, vaincus mais dominants par la position de la France puissance planétaire à l’époque, réussissent une écriture de l’Histoire qui devient sa continuation, la continuation de la guerre ?

Voilà à quoi s’est attelé Akkache, montrer par le cœur et par la tête, que la guerre se déroule dans les combats eux-mêmes, dans la politique, dans sa narration, dans l’écriture de son récit et celle de son histoire, dans la mémoire, dans l’interprétation. Et dans son recyclage pour de nouvelles phases, comme l’a recyclée la colonisation française qui a puisé dans la rhétorique de Rome, les arguments de sa propre entreprise coloniale et les armes politiques, culturelles et idéologiques.

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