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Ahmed Akkache : un militant d'exception (10 novembre 1926 - 8 octobre 2010 )احمد عكاش: مناضل استثنائي

Ahmed Akkache : un militant d'exception (10 novembre 1926 - 8 octobre 2010 )احمد عكاش: مناضل استثنائي

Ce blog se veut un hommage reconnaissant pour un révolutionnaire algérien exceptionnel que fut si Ahmed. Bonne lecture.

Hommage à Abdelhamid Benzine: ouverture du colloque .Allocution de Ahmed Akkache . Ancien compagnon de lutte de Abdelhamid Benzine  

Permettez-moi avant tout d’exprimer mon émotion. D’abord de l’honneur qui m’est fait de présider l’ouverture de ce colloque. Puis de la joie de retrouver ici tant d’anciens amis, de camarades, de patriotes éprouvés, hommes et femmes magnifiques qui ont passé les plus belles années de leur vie dans les combats pour libérer notre patrie commune et lui assurer un avenir plus beau.

C’est d’ailleurs à l’un de ces combattants, qui nous a quittés beaucoup trop tôt que nous voulons rendre hommage aujourd’hui.

Nous sommes réunis en effet pour honorer la mémoire d’un homme de grande valeur, un militant bon et généreux, fidèle à ses principes et constamment sur la brèche pendant plus d’un demi-siècle, toujours au service du peuple travailleur et de cette terre d’Algérie qu’il aimait par-dessus tout, et pour lesquels il a lutté jusqu’à la dernière minute de sa vie.

Abdelhamid Benzine, notre ami, notre camarade, notre frère n’est plus. Il y a deux ans déjà son itinéraire s’est interrompu. Mais son souvenir, ses idées, sa contribution à la cause inséparable de la liberté et de la justice sociale resteront pour nous et pour la nouvelle génération un symbole et un exemple.

ont pensé que la meilleur façon d’honorer sa mémoire n’est pas de se limiter à une commémoration traditionnelle, mais de nous interroger sur quelques-uns des grands questionnements de son vivant, exprimant souvent ses préoccupations et participant à des débats passionnants toujours liés à la vie et à l’avenir du pays.(les amis de BENZINE)C’est pour quoi les organisateurs de cette manifestation

Il en est ainsi notamment du problème de la nation, thème retenu pour les travaux de ce colloque. Ce thème n’est certes pas nouveau, mais il semble n’avoir jamais été traité avec objectivité et franchise.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans les années 1947-1948, l’association des étudiants musulmans (AEMAN) avait programmé un débat sur le thème «  L’Algérie est-elle une nation ? » Nous avions alors vingt ans (un âge merveilleux que devait chanter, par la suite, notre populaire Guerrouabi) et nos confrontations au foyer des étudiants furent houleuses. D’autant plus passionnées que l’association rassemblait des étudiants de toutes les tendances, et que la plus grande démocratie y régnait : nationalistes modérés, communistes, nationalistes radicaux, islamistes, réformateurs, chacun avait droit à la parole.

Nous étions pourtant que 102 étudiants algériens à l’époque, au milieu de 2000 étudiants européens, tous inscris à l’université d’Alger, la seule qui existait dans le pays. Ce qui, entre parenthèses, permet de mesurer le chemin parcouru depuis, maintenant que l’Algérie compte 700.000 étudiants et prés de 30 universités et grandes écoles.

L’Algérie est-elle une nation ? Nous nous sommes interrogés à l’époque ; nous avons cherché, comme l’avait fait avant nous Ferhat Abbas, au demeurant un grand Algérie, mais qui après avoir interrogé les vivants et les morts avait conclu par la négative.

, qu’elle n’a jamais réussi à construire un Etat et des institutions stables.« l’Algérie n’a jamais été qu’un conglomérat de tribus dispersées », qui affirmait avec arrogance que « Siècles obscurs du Maghreb »En ce qui nous concerne, nous voulions répondre au déni de l’Algérie, retrouver une identité. Nous ne pouvions plus tolérer que, sur nos papiers, soient inscrites comme des initiales infâmantes les lettres IMFNN, c’est-à-dire Indigène, Musulman Français Non Naturalisé. Nous voulions dénoncer les laudateurs de la colonisation, comme l’historien E.F.Gauthier, l’auteur des

Ces affirmations étaient pour nous comme une brûlure, une indignité. Nous voulions démontrer le contraire, prouver notre existence en nous rattachant à notre passé.

C’est l’époque où Mohamed-Chérif Sahli essayait de faire revivre « Le message de Jugurtha ». Kateb Yacine, à peine âgé de 18 ans, faisait appel aux combats l’Emir Abdelkader.

, affirmation qui indisposer d’ailleurs la plupart des étudiants, qui la jugeait défaitiste.« pour cesser d’être colonisé, il fallait cesser d’être colonisable »Malek Bennabi, quant à lui, prônait le retour à l’islam et expliquer que

Par la suite, Hamid Benzine, homme sage et tolérant, nous expliquait que cette formule n’était pas, à son avis, une justification du colonialisme, mais un appel à un renouveau moral et qu’il fallait le respecter.

L’esprit unitaire a toujours caractérisé ce grand militant. 

Il aimait rappeler les multiples tentatives d’unions des forces nationales et démocratiques :

-Durant les années 20, le Bloc ouvrier et paysan de l’Emir Khaled.

-Durant les années 30, le Congrès musulman, avec Ben Badis, les communistes et la Fédération des élus.

-Durant les années 40, les Amis du Manifeste et de la Liberté (AML)

-A partir de 1950, le Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADRL)

-Pour aboutir enfin au FLN en 1954

Toutes ces années de luttes ont vu l’émergence de grandes figures nationales, qui ont suscités en leur temps les espoirs et stimulés les combats de millions d’Algériens.

Pourquoi avoir effacé toutes ces personnalités de l’Histoire officielle ?

Certaines d’entre elles ont certes commis des erreurs, parfois graves. Mais c’est au peuple et à l’histoire qu’il appartient de les juger, en tenant compte des conditions particulières de leur temps. Et puis, qui ne fait pas d’erreurs ?

à marche forcée dans un pays dévasté et déculturé par les 130 années d’exploitation coloniale ?« construire le socialisme »Les dirigeants du FLN n’en ont-ils pas commis ? Et nous tous, durant ces quarante dernières années, n’avons-nous pas fait d’erreurs, ne serait-ce qu’en voulant

Faisant dans ces conditions un bilan objectif et autocritique sérieuse de notre activité. Examinons avec honnêteté ce que nous avons fait de bien et de mal. Et demandons à l’opinion publique de juger !

.conscience socialePour en revenir au débat sur la nation, il convient de rappeler qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale, la révolte de la jeunesse ne pouvait être que de type nationalitaire. Benzine a été parmi les premiers à accéder

Sans doute parce qu’il a dû, très jeune, s’expatrier et vivre parmi les ouvriers algériens émigrés et les prolétaires français. C’est là qu’il a compris, nous expliquait-il plus tard, qu’une véritable libération ne peut se limiter à changer la direction politique d’un pays, mais qu’elle doit détruire les sources mêmes de l’injustice et de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Dans les milieux universitaires, à Alger, l’idée se développait aussi que la nation ne peut se limiter à des considérations morales ou religieuses, à ce vague sentiment d’appartenance communautaire dont parlait Ernest Renan, mais qu’elle a besoin d’un soubassement matériel, à la fois historique, territorial, linguistique, culturel et même économique.

Ce dernier critère, la vie économique commune, nous posait problème. Une vie économique commune signifie nécessairement un marché national, et donc une bourgeoisie sans laquelle il ne peut y avoir de véritable nation. Car c’est dans le développement économique et les relations commerciales que les vieilles structures sociales traditionnelles se transforment, que les diverses régions du pays entrent en contact les unes avec les autres, que les échanges s’organisent, que les routes et les moyens de communications rapprochent les membres de la communauté et les rendent dépendants les uns des autres.

Or, l’Algérie n’avait pas de bourgeoisie, au sens moderne du mot. Le capitalisme lui a été imposé par la colonisation, c’est-à-dire par une bourgeoisie étrangère qui écrasait toute concurrence intérieure. Seuls ont pu survivre les grands propriétaires féodaux, alliés de la colonisation, et quelques industriels, comme Hamoud Boualem ( dans les boissons), Tamzali (dans les huiles), Bentchicou (dans les tabacs), etc.

Trop peu nombreux et trop fragiles pour s’opposer frontalement à la domination coloniale.

Auparavant, nous n’avions connu que l’économie de comptoir au temps des Phéniciens, l’économie esclavagiste pendant les six siècles de domination romaine, diverses formes de féodalisme au temps des Vandales et des Byzantins, l’économie de course au temps des Turcs. L’évolution naturelle de la société et donc de la nation algérienne, a toujours été perturbée par les interventions étrangères, le pillage, l’accaparement des terres et le refoulement des populations vers les zones arides ou montagneuses.

Impossible dans ces conditions d’assurer une accumulation interne des richesses et des capitaux, qui prenaient invariablement le chemin de l’étranger.

C’est ce qui explique sans doute la faiblesse historique de la bourgeoisie nationale et la sous-estimation de son rôle dans l’évolution de notre pays. Au point que même dans la Charte nationale de 1976, dont le souffle libérateur et les préoccupations sociales sont évidentes, on ne trouve pratiquement pas de références aux entrepreneurs nationaux et au secteur privé. Quand la Charte évoque « les forces sociales de la révolution », elle énumère en effet :

-Les travailleurs

-Les paysans

-Les djounouds et les « éléments patriotiques révolutionnaires »

Les travailleurs sont définis comme « n’employant pas à leur service d’autres travailleurs ». Ce qui exclut, non seulement les industriels privés, mais aussi les artisans, les commerçants, les professions libérales…

Les paysans sont représentés comme la partie la plus déshéritée du peuple algérien ». Ce qui exclut les agriculteurs possédant des terres, même de petites dimensions.

Quant aux éléments patriotiques révolutionnaires, ils ne sont pas définis du tout. Mais on comprend facilement qu’il s’agit de groupes qui ont accaparé le pouvoir et qui ; sous prétexte d’éliminer « les ennemis du peuple » ont abouti à une bureaucratie d’Etat autoritaire et anti-démocratique, appuyée sur un Parti unique considéré comme le guide et la « force dirigeante de la société ».

En réalité, le concept de nation a été concrétisé par la guerre de libération nationale et les immenses sacrifices consentis par le peuple algérien, non seulement pour l’indépendance, mais aussi pour la récupération des terres et des autres richesses nationales, ainsi que pour l’édification d’une économie nationale moderne capable d’assurer à chaque citoyen le travail, l’école, la santé et le respect des libertés démocratiques.

Qu’il est loin, aujourd’hui, le temps des grandes espérances, chanté par Kateb Yacine ; bien des rêves magnifiques se sont évanouis.

Nous vivons décidément des temps étranges, où les idéaux d’indépendance et de dignité nationale semblent s’effacer. L’Algérie devient un immense bazar. Sous prétexte de mondialisation, de hauts personnages de l’Etat nous appellent au renoncement, à l’abdication et même à la soumission.

On essaie de nous persuader que les nations n’existent plus ; et qu’il faut les remplacer par une espèce de grand capharnaüm mondialisé. On nous explique qu’aujourd’hui M. George W. Bush peut nous observer et nous écouter du haut des cieux, et que si nous ne sommes pas dociles, il peut nous faire ce qu’il a fait aux Irakiens ! A qui veut-on faire peur ?

Au peuple des Boumediène et des Boudiaf ?

En d’autres temps, ces dirigeants nous auraient dit : « Si jamais M. Bush veut nous faire ce qu’il a fait aux Irakiens, eh bien nous répondrons comme les Irakiens sont en train de répondre à l’agression américaine. Et comme, avant eux, ont répondu les Vietnamiens »

Qu’il semble loin aujourd’hui le temps des grandes luttes solidaires ! Et pourtant les nuages qui s’annoncent portent en eux l’espoir de nouvelles alliances et de nouveaux combats.

Permettez-moi pour finir d’évoquer à ce sujet la mémoire d’un grand fils de ce pays, Mostefa Ben Boulaid.

"Nous, MTLD, nous avons décidé de ne pas participé à ces élections et de prôner l'abstention. Mais s'il y en a parmi vous qui veulent voter, je souhaite qu'ils le fassent pour ces gens, qui luttent comme nous contre le colonialisme."
e grand militant sortit de la foule, enveloppé dans un burnous, et déclara:Au mois de mai 1954, je me trouvais à Arris, chef-lieu des Aurès, pour soutenir la candidature à des élections locales d'un de mes camarades, l'avocat Laid Lamrani. Il y avait là plusieurs centaines de paysans aurassiens, l'un d'eux vint nous voir et nous demanda si Mostefa Ben Boulaid, qui était à l'époque déjà clandestin et recherché par la police, pouvait parler à notre meeting. Nous avons dit : OUI. Et l

Un exemple magnifique de compréhension et de fraternité militante. Quelques mois plus tard, après le 1er Novembre, c'est Lamrani qui rejoignait Ben Boulaid dans les monts des Aurès, où ils reposent désormais tous les deux, en paix.

Hommage à Abdelhamid Benzine: ouverture du colloque  .Allocution de Ahmed Akkache . Ancien compagnon de lutte de Abdelhamid Benzine   

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